Jean-Claude Denogens
- Officier du Mérite Agricole
- Fondateur et Grand Chancelier
de l'Ordre du Mérite Œnophile
- Compagnon de Loupiac
- Chevalier du Tastevin


                                                                               Mirer ! Humer ! Goûter ! Extase !

   Si le merveilleux et ingénieux tastevin m’était conté ?

Sous notre belle devise de l’« Ordre du Mérite Œnophile »
« Rubis ou topaze
Même délice, même extase »

Avant que le tastevin n’ai disparu sous la poussée des jeunes viticulteurs, avant même qu’il ne soit acheté, parfois fort cher, par quelque antiquaire, comme témoin des temps révolus, j’ai désiré faire revivre son histoire depuis la plus haute antiquité jusqu’à ce jour.
Le tastevin vaut bien une étoile ! Je me suis souvent posé la question. Oui ou non ! Bon, alors fondateur et animateur de l’Ordre du Mérite Œnophile, puis journaliste de la presse du vin, ayant débuté ce merveilleux métier au quotidien « La France » à Bordeaux.
Depuis plus de quarante ans je parcours les vignobles de France curieux et admirateur de cette mystérieuse petite tasse j’affirme ceci : Ce merveilleux petit instrument argenté qui sert à goûter les vins me paraît aussi vieux qu’une étoile. Il brille de ses mille feux quand on lui verse quelques gouttes de vin, il nous réfléchit, les lumières du précieux nectar nuancé des reflets topazes ou de rubis. Bon d’accord, s’il ne vaut pas une étoile, il vaut son pesant d’or. Cette petite tasse argentée pour goûter le vin, nous vient dit-on de la nuit des temps. C’est une Antiquité comme la vigne et c’est certainement l’arme bien inoffensive du premier vigneron mais aussi des modernes chevaliers du vin.
Il demeure un juge impitoyable, séparant le bon du mauvais, révélant la vérité, l’honnêteté, la franchise, trois vertus si nécessaires au vin. Alors, pour nous, dignitaires de l’Ordre du Mérite Œnophile et de sa gazette De vigne en bouche, le tastevin, est sans aucun doute notre médaille en guise d’étoile pour les tastevinages de notre gazette des œnophiles sur notre attrayant site, d’où notre noble remarque : « Le tastevin vaut bien une étoile ».

Précision :
Selon le Dictionnaire Larousse : Tâte-vin ou Taste-vin n. m. inv. Tâte-vin : Tube pour aspirer, par la bonde du tonneau, le vin qu’on veut goûter.
Taste-vin : Petite tasse plate de métal dans laquelle on examine le vin qu’on va goûter.
Selon le Glossaire Vineux du Dr J.-M. Eylaud, poète vigneron Bordelais.
Tastevin : Coupe sans pied, en argent ou métal argenté, cristal ou faïence parfois, qui permet de mirer et de déguster les vins, principalement en Bourgogne où est la Confrérie des Chevaliers du Tastevin.

 

 

 

 
La pipette appelée aussi ( sonde à vin ou canne à vin) pour retirer par la bonde le vin d’un fût, le vigneron plonge dans le liquide un tube ( la pipette ) muni d’une anse à la partie supérieure qui se remplit selon le principe des vases communicants ( d’après les lois de Pascal sur l’équilibre des liquides ), puis il bouche avec son pouce l’extrémité extérieure, retire le tube et laisse « pisser » ( couler ) le vin dans la coupelle d’argent.
 
Pourquoi deux objets s’appellent tastevin : tastevin-coupelle et tastevin-pipette. Pourquoi l’un et l’autre se nomment « tastevin » ? Voici deux petits appareils à usage vinicole désignés par le même vocable mais qui sont complémentaires. Le premier sert à tirer le vin pour remplir le second et celui-ci sert à apprécier le vin, c’est-à-dire le « tâter ».

D’où viens-tu belle tasse à vin ?
« Hygie, associée au culte de son père Asclépios, comme déesse de la santé, était représentée avec en main une coupe à boire, sans anse, avec parfois un pied. Cette vieille coupe servait, dans l’antiquité, pendant les fêtes religieuses et les libations. Elles étaient en céramique et plus tard en bronze. Elles prirent de l’extension à partir du XVIIIe siècle ou on contracta l’habitude d’y faire graver son nom. Les tasses en argent se répandirent à partir du XIXe siècle. Elles comportaient une petite coupe munie d’une anse verticale ornée ou de pendeloques avec tête de serpent ou d’un serpent à deux têtes. Les tasses à déguster sont aussi désignées par les termes tastevins ou tâtevins. »
( Source : Norbert Got. Le livre de l’amateur de vins ).
  minerve
    MINERVE, déesse romaine assimilée à ATHENA déesse grecque dont HYGIE serait l’arrière petite cousine. Avec succès elle fait goûter au serpent le « breuvage des dieux » dans une coupe qui serait l’ancêtre du TASTEVIN.
( Dessin : archives de l’auteur )
petitsamours
« Petits amours, marchands de vin »
Fresque de la Casa des VETTII. POMPEI, 1er s. ap. JC. sans doute entre 64 et 79
Le panneau du mur est d’un noir verdâtre sur lequel les personnages se détachent en brun clair.
Tout porte à croire que nous avons affaire à un objet semblable à la tasse bordelaise.
( Photo collection archive Dr J.-M. EYLAUD )

LE TASTEVIN D’ARGENT


Le tastevin d’argent qui brille devant moi
C’est pour le vigneron un symbole de foi,
Ultime souvenir d’un vieux négociant.
Il a vu, dans ses flancs, passer des vins brillants,
Vins merveilleux, orgueil de notre France
Depuis le rosé de Provence,
Qui vient du pays des cigales
Jusqu’à nos vins que rien n’égale.
Fiers bordeaux, bourgogne à mine altière,
Beaujolais malicieux qui chante dans les verres,
Vins capiteux du Roussillon,
Rendent les Catalans fripons
Lorsque la tramontagne
Leur porte dans le soir des accents de sardagne :
Le tastevin d’argent les connut un jour
Et dans sa longue nuit, il en rêve toujours.


André Mouls

« Pour boire l’eau qui sourd de la claire fontaine,
il suffit du creux de la main,
Mais pour goûter le sang des vignes souveraines,
Il faut avoir un tastevin ».


Dr. J.B. Chambat
Chancelier du Bousset d’Auvergne

         Photo JC Denogens. 
Le tastevin bourguignon
La tasse bordelaise
Ce n’est pas sans émotion, que je fais revivre les vicissitudes du tastevin, merveilleux outil argenté de ma jeunesse dans la vigne. Voici la belle devise d’un tastevin de Touraine:
« JE RESJOIS LES CUEURS »

Dès mon plus jeune âge de raison avec le vin, j’ai été mis en présence de cette curieuse tasse à vin. Le souvenir le plus extraordinaire qui me reste, est celui du marchand de vin, qui, de village en propriété viticole durant les vendanges parcouraient à bicyclette les chais. Ce jour là, il se présenta au Domaine du Couderc et après quelques propos d’usage, il sortait de la poche de son gilet, enveloppé d’un chiffon, son tastevin d’argent, brillant, et patiné par l’usage du temps. A l’aide de la pipette en verre, mon oncle, préleva un peu de vin dans la barrique et lui en versa quelques gouttes dans sa tasse. Il humait le vin, le mirait tout en imprimant à son petit récipient un mouvement circulaire de gauche à droite dont je ne comprenais pas la signification, puis il goûtait par petites gorgées en émettant un susurrement mystérieux.

Après quelques gorgées dont certaines étaient recrachées dans le baquet à sciure, et sa réflexion suivant son plaisir et la qualité du vin, le vigneron avait le choix selon l’offre, de vendre. Sinon il attendait le printemps suivant. Mon admiration et mon interrogation, à la fois était grande devant l’habileté et le vocabulaire de ce marchand de vin itinérant, qui, à l’aide de cette petite tasse d’argent pouvait par ses yeux, son nez, son palais et sa langue décider d’acheter aussi vite, un vin qu’il avait si peu goûté. J’étais enfant et j’ignorais l’art de la dégustation. Plus tard, je devais en apprendre beaucoup plus sur cet utile objet d’argent. On distingue deux types de tasses à déguster : la tasse bordelaise et la tasse mâconnaise, que l’on désigne par les termes tastevins ou tâtevins.
La tasse bordelaise donne l’apparence réelle du vin, sans aucun artifice, elle n’a ni bord ni anse. C’est un tronc de cône très ouvert et uni avec un fond hémisphérique convexe. Les Bordelais croient que leur tasse à vin est le seul tastevin parce que, sans anse, il ressemble alors à une coupelle de même grandeur et de même forme que celle de l’Antiquité. On la retrouve dans la Confrérie « Les Compagnons du Loupiac ».

La tasse mâconnaise comporte des « cupulettes », des boutons, une bande de stries parallèles avec au centre « l’ampoule ». « Le tastevin est un récipient spécifiquement bourguignon » nous dit-on au Clos Vougeot. D’ailleurs la célèbre « Confrérie des Chevaliers du Tastevin » en a fait son heureux emblème officiel.

J’ai eu personnellement, l’honneur de recevoir dignement ces deux types de tastevins, lors de mémorables intronisations dans mes nombreux pèlerinages aux sources des vins de France. Il y a vraiment lieu de s’extasier devant la conception de cet outil admirablement conçu en vue de son rôle. Sa réalisation purement empirique a été l’œuvre d’obscurs artisans mais combien observateurs… Je cite avec plaisir cette phrase de René Mazenot, ancien Professeur de Sciences Naturelles, auteur de « Le tastevin à travers les siècles ».

« Comme nous sommes loin de la manière de déguster de notre enfance ! Le tastevin jamais lavé, ne quittait pas la poche du tablier de grosse toile grise. Aussi percevait-on, au fond des cuvettes et des torses un dépôt adhérant fortement. C’était, passez-moi l’expression, un tastevin « culotté » comme le fut le « quart » de nos Poilus dans lequel certains auteurs n’hésitent pas à voir un dérivé du tastevin. »
Le marchand de vin et le tastevin
« Quelle vie est donc celle d’un homme
qui se retranche du vin »
( Eccl. XXX133 ).
Muni de cet ingénieux dispositif, comment le dégustateur œnophile, peut-il goûter son vin. La tasse étant à moitié pleine, solidement tenue, le pouce serré sur la poucette, il cherche déjà l’éclairage le plus favorable pour ses observations, puis, inclinant, par un mouvement ménagé du poignet, la tasse de gauche à droite puis de droite à gauche et vice –versa, il fait passer son vin alternativement des stries aux cupulettes, le « fardant » et le « défardant » tour à tour, ce qui lui permet, en définitive, de se faire une opinion moyenne sur l’intensité de la « robe » et sur la limpidité du liquide. Le côté cupulette (que l’on nomme aussi les boules) qui ne « farde » jamais le vin est appelé « côté acheteur » alors que le côté strie (appelé aussi les virgules) qui l’avantage toujours est le « côté vendeur ». Quand à « l’ampoule », elle a son utilité : elle réduit, par le volume qu’elle occupe dans la tasse, la quantité de vin nécessaire pour faire un examen, ce qui est intéressant lorsqu’on déguste sur échantillons réduits par exemple. Les boules et les virgules sur les côtés et le fond servent à brusquer le vin afin de voir son évolution.

Que reprochent au tastevin d’argent les partisans du verre à déguster ? D’abord qu’il est d’un entretien assez délicat, souvent terni et que de ce fait, les phénomènes de réflexion dus aux cupulettes sont parfois flous et difficiles à observer etc, etc. On reproche, encore, à la tasse de présenter le vin à l’air sur une surface trop étendue pour son volume ce qui nuit à l’olfaction des bouquets et des odeurs. L’avantage : ces tasses, plates et résistantes aux chocs, se logent facilement dans la poche sans occasionner de gêne. Actuellement, seuls les professionnels les emploient.

Voici un large extrait d’un passage du précieux livre de Monsieur Bernard Ginestet & Claude Prigent intitulé « Essai esthétique sur la présence des Confréries du vin en Pays Bordelais à la fin du IIe Millénaire ». Nous sommes heureux de publier ce texte, soutenant le point de vue de leurs auteurs. Avec l’aimable concours du Grand Maître de la « Commanderie les Compagnons du Loupiac », Monsieur Philippe SEROIN du Château Le Moyne 33410-Loupiac Gironde. Auquel, j’adresse à la veille de notre 40e anniversaire de l’ « Ordre du Mérite Œnophile » en terre Québécoise, mes savoureux et bien sincères compliments d’œnophile.
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Philippe SEROIN Grand Maître de la Commanderie les Compagnons du Loupiac, ouvrant le solennel chapitre de la fête de la fleur. (Photo offert par la commanderie de Loupiac)
 
« Le vin de Loupiac est un cordial délicat et tonique,
qui charme le palais, réjouit l’estomac et respecte
la tête. Par essence – et donc par existence. »


Jean-Paul Sartre
« Le passé gallo-romain de Loupiac est indéniable. Il est clair que sa magnifique situation élevée, entre Cadillac et Sainte-Croix-du-Mont, a su de tout temps et depuis l’âge des cavernes, constituer un habitat privilégié. Peut-être y avait-il des loups dans les parages, pour que le village en conservât la trace dans son nom. Peut-être aussi qu’un Lupius fut, au IIe siècle, le premier vigneron du cru. Toujours est-il qu’un écusson à tête de loup orne la cape noire, doublée et bordée de jaune d’or, des Compagnons du Loupiac. Fondée en avril 1971, cette confrérie tient ses principaux chapitres lors de la fête de la Fleur, ce qui n’est guère original en Bordelais, mais aussi pour célébrer le Vin Nouveau au mois de décembre, ce qui est beaucoup moins fréquent. Les agapes sont chaleureuses et sans affèterie. Le vin de Loupiac est un cordial délicat et tonique, qui charme le palais, réjouit l’estomac et respecte la tête. Par essence – et donc par existence, ajouterait Jean-Paul Sartre – il doit être consommé avec modération, exprimant par là qu’il n’est pas un vin de soif mais de plaisir subtil. Il est aux vins blancs secs ce qu’est le parfum à l’eau de Cologne. L’antique château du Cros domine le coteau de Loupiac et sa silhouette déchiquetée donne un aspect quelque peu fantastique au paysage. Construit au XIe siècle, vraisemblablement sur des ruines romaines, il fut plusieurs fois remanié aux XVe , XVIe et XVIIIe siècles. Non loin de là se trouvent les restes du prieuré de Saint-Romain, comportant un cellier où l’on voit les vestiges d’une grande mosaïque avec pampres. Pour les moines d’alors, la célébration quotidienne de la messe devait être un exquis moment d’extase, par la grâce du divin breuvage emplissant les burettes. L’insigne porté en sautoir par les Compagnons du Loupiac, au bout d’un cordon doré, est la tasse à vin bordelaise. Je ne manquerai pas cette belle occasion de rappeler qu’elle est l’ancêtre de tous les « tastevins » bourguignons et autres. C’est un contemporain de Rabelais qui la fit ouvrer pour la première fois par un orfèvre du quartier Saint-Pierre à Bordeaux, en 1539. Son nom véritable est l’ombilic, à cause de sa forme qui rappelle le nombril et qui permet la réflexion de la lumière à travers le vin, quel que soit l’angle d’incidence du rayon. Autre leçon d’exactitude : à Bordeaux un « tâte-vin » est la pipette en métal avec laquelle on prélève un échantillon dans une barrique. Les Compagnons du Loupiac sont les gardiens vigilants de la véritable nature des choses. »

La séduisante tasse bordelaise de loupiac. Dionysos-Bacchus enfant roi dans son berceau, l ’antique et célèbre tasse de Loupiac. Au milieu d’une joyeuse danse des feuilles de vignes dansant en sabot de vignerons.
(Illustration œuvre bachique du poète vigneron J-M Eylaud)

           
 Voici un autre beau poème « ès vignes » écrit à la seule gloire du tastevin et de la tasse bordelaise.

VIEILLE TASSE D’ARGENT

Tasse qu’avec respect on saisit de la main
Des vieux parents, bijou qu’on transmet sans cesse,
Toi qui, sur les tonneaux, t’étales sans écrin,
Tu donnes aux gourmets ou l’espoir ou l’ivresse.
Combien de lèvres ont, sur tes bords d’argent fin
Posé d’ardents baisers, d’amoureuses caresses
En goûtant savamment l’arôme de nos vins
Mis à nu sur ton fond reflétant leur finesse.
Tu honores toujours l’œuvre de l’artisan
Qui modela ta forme et fit tes ciselures
Pour charmer le regard et pour braver les ans.
Certes le clair cristal doit envier ton destin
Quand le pouce et l’index t’élèvent pleine et pure,
Vieille tasse d’argent, O précieux tâte-vin.

Auteur Inconnu
Il existe en France, aujourd’hui plus de cent confréries vineuses, dont dix-sept ont pour insigne le tastevin. Mais sans aucun doute, la tasse à vin bordelaise par ses origines demeure l’ancêtre. Que va donc devenir notre beau tastevin d’argent, si vénéré de nos ancêtres et si appréciés de nos grands-pères vignerons.
Je crois, que pour ceux plus spécialement, et ils sont nombreux, qui se groupent aux seins des nombreuses et sympathiques Confréries vineuses, cet ingénieux tastevin d’argent est et restera l’emblème folklorique de l’humaine civilisation du vin.




Jean-Claude Denogens

           

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